8 min de lecture. Auteur : Pierre Diof. Photo : [à fournir]
Si vous gérez un restaurant en cœur de ville, vous connaissez ce dilemme : votre salle doit rester agréable pour des clients assis près d’une vitrine, souvent exposée au soleil, pendant que votre cuisine encaisse la chaleur de plaques, fours et friteuses en plein coup de feu. Beaucoup d’établissements installent une climatisation classique en salle et traitent l’extraction de cuisine a minima. Vous vous exposez alors à un avis défavorable en contrôle sanitaire et à une facture d’électricité qui grimpe sans gain de confort réel.
Précision méthodologique : Weclim ne dispose pas, à la date de publication, d’un chantier client documenté et publiable pour cet article. Ce qui suit est un scénario type, construit à partir de ratios techniques et de fourchettes de prix observés sur le marché du génie climatique CHR (café-hôtellerie-restauration), et non un témoignage client réel.
L’essentiel à retenir
- Prévoyez deux systèmes distincts : une climatisation confort pour la salle, une climatisation industrielle couplée à une extraction pour la cuisine.
- Le débit d’extraction minimum se calcule sur votre plan de cuisson, pas sur la surface totale de la cuisine (norme NF EN 16282).
- Pour un bistrot de 80 à 100 m², comptez généralement entre 11 000 et 18 000 € TTC, pose comprise, hors étude préalable.
Un scénario type : bistrot parisien de 80 m²
Prenons l’exemple type d’un bistrot parisien de 80 m², réparti en une salle de 50 m² avec vitrine sur rue, une cuisine de 20 m² et une réserve de 10 m². La cuisine réunit un piano à feux vifs, une friteuse, une sauteuse et un four combiné, pour une puissance de cuisson cumulée de l’ordre de 18 kW.
Vos contraintes côté cuisine. Une cuisine professionnelle dégage 300 à 500 W/m² de charge thermique à évacuer, contre 100 à 150 W/m² pour un bureau. Sur 20 m², vous devez donc traiter une charge de 6 à 10 kW, sans compter l’extraction des buées grasses imposée par la réglementation.
Vos contraintes côté salle. Votre salle doit rester silencieuse et agréable en service. Vous avez donc intérêt à choisir des unités discrètes, comme des cassettes de plafond plutôt que des splits muraux visibles, avec une régulation par zone pour compenser l’écart entre la zone vitrée et le fond de salle.
Solution type retenue. Pour ce scénario, la combinaison la plus courante associe : des cassettes 4 voies en salle pour le confort client, une climatisation industrielle dédiée à la zone chaude de cuisine avec un indice de protection IP (protection contre l’eau et la poussière) adapté aux projections de graisse, et une hotte à captation totale raccordée à une extraction conforme, complétée par une compensation d’air neuf pour équilibrer les débits.
Ce que vous devez budgéter. Sur ce type de configuration (80 à 100 m², salle et cuisine), le marché du génie climatique CHR évoque une fourchette de 11 000 à 18 000 € TTC pose comprise pour l’ensemble climatisation salle + extraction cuisine, et de 280 à 450 € HT par an pour l’entretien d’une installation à 4-6 unités. Ce sont des ordres de grandeur de marché, pas un devis : seul un professionnel peut chiffrer votre projet après une visite technique.
Nous ne disposons pas de données de consommation réelles sur ce scénario type. Nous ne pouvons donc pas vous annoncer de temps de retour sur investissement précis : demandez à votre installateur une simulation basée sur votre historique de consommation et sur le coefficient d’efficacité énergétique (SEER/SCOP) du matériel proposé.
Les 3 solutions à comparer
1. Climatisation réversible en salle (cassettes 4 voies)
- Avantages : confort thermique zoné, discrétion esthétique en plafond, régulation indépendante par pièce.
- Limites : ne traite pas la chaleur de cuisine. Vous devez positionner une unité extérieure en cour ou en façade, ce qui peut nécessiter un accord de copropriété, voire de l’Architecte des Bâtiments de France si votre local est en secteur protégé.
2. Climatisation industrielle dédiée au poste de cuisine
- Avantages : matériel étanche résistant aux projections de graisse et à l’humidité, puissance frigorifique adaptée à la chaleur de vos appareils de cuisson.
- Limites : coût d’achat et de maintenance plus élevé qu’un système résidentiel. Ce système ne vous dispense jamais de l’extraction réglementaire. Il s’encrasse plus vite, donc vous devrez nettoyer les batteries plus souvent.
3. Centrale de traitement d’air (CTA) en toiture, extraction et soufflage compensé
- Avantages : solution intégrée qui traite en un seul système l’hygiène (extraction des buées et graisses) et le confort (soufflage d’air neuf tempéré). C’est la réponse la plus complète aux exigences ERP applicables aux grandes cuisines.
- Limites : c’est l’investissement initial le plus lourd. Vous devrez faire réaliser une étude aéraulique préalable et disposer d’un accès toiture ou d’une gaine technique dédiée. Le délai de mise en œuvre est plus long.
Tableau comparatif
| Solution | Budget HT indicatif | Confort | Contrainte majeure |
|---|---|---|---|
| Climatisation réversible salle (cassettes 4 voies) | Inclus dans le budget global ci-dessus | Élevé, zonage possible | Emplacement de l’unité extérieure |
| Climatisation industrielle cuisine | Sur devis (matériel IP spécifique, forte puissance) | Moyen à élevé selon la charge thermique | Maintenance renforcée (graisses) |
| Extraction AERS + caisson conforme ERP | Environ 4 000 à 6 000 € HT | Non applicable (hygiène/sécurité) | Passage de gaines, accès toiture |
Ce que dit la réglementation
Trois cadres s’appliquent en parallèle à votre restaurant. Le Code du travail (articles R4222-1 et suivants) impose le renouvellement de l’air dans tout local de travail fermé. Le règlement de sécurité incendie des établissements recevant du public (arrêté du 25 juin 1980 modifié, articles GC relatifs aux grandes cuisines) encadre l’installation et l’entretien annuel de vos conduits d’extraction. Le Règlement Sanitaire Départemental Type fixe des exigences d’hygiène complémentaires. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, la norme NF EN 16282 harmonise le calcul des débits d’extraction des hottes professionnelles, avec un minimum de 100 m³/h par m² de plan de cuisson.
À noter : contrairement au chauffage, la climatisation seule n’ouvre en général pas droit aux certificats d’économies d’énergie (CEE), ces dispositifs ciblant en priorité le chauffage et la ventilation. Faites vérifier l’éligibilité précise de votre projet par votre installateur.
Testez votre configuration
Chaque établissement a sa propre géométrie de salle, sa puissance de cuisson et ses contraintes d’accès. Avant de lancer votre consultation, estimez un ordre de grandeur pour votre restaurant avec le simulateur Weclim : [lien simulateur à insérer].
Sources officielles citées :
- Code du travail, articles R4222-1 et suivants (aération et assainissement des locaux de travail), legifrance.gouv.fr
- Arrêté du 25 juin 1980 modifié, règlement de sécurité ERP, articles GC (grandes cuisines), legifrance.gouv.fr
- Norme NF EN 16282 (ventilation des cuisines professionnelles), application en France depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, france-air.com
- Règlement Sanitaire Départemental Type (RSDT), exigences de ventilation en cuisine professionnelle, saftair.fr, dealec.fr
- Ratios de puissance frigorifique cuisine professionnelle (300 à 500 W/m²) et fourchettes budgétaires restaurant 2026, comparaclim.fr, cpmi.fr
Avertissement : Cet article ne remplace pas un devis professionnel. Les montants indiqués sont des ordres de grandeur de marché et doivent être confirmés par une visite technique.
Date de mise à jour : 15/08/2026